Droits des femmes : les avancées et les combats encore à mener

15 %. C’est l’écart de salaire qui refuse de fondre, année après année, entre femmes et hommes en France, à poste équivalent. Les lois se succèdent depuis plus d’un demi-siècle, mais la courbe ne fléchit pas. Pendant ce temps, ailleurs, le droit à l’avortement vacille, miné par des législations qui se referment, souvent au mépris de décennies de combats.

Certes, des lois récentes ont permis des avancées notables, qu’il s’agisse de la représentation politique ou de la lutte contre les violences sexistes. Pourtant, les chiffres, bruts, rappellent l’ampleur du chemin à parcourir : les féminicides continuent, les discriminations au travail persistent. Les dispositifs institutionnels posés comme remparts révèlent leurs limites. Sur le terrain, l’égalité reste une promesse fragile.

Où en sommes-nous aujourd’hui sur les droits des femmes ?

La Journée internationale des droits des femmes, marquée chaque 8 mars et reconnue officiellement par l’ONU en 1977, s’ancre dans une histoire longue et tumultueuse. L’impulsion vient de la grève ouvrière féministe du 8 mars 1917 à Saint-Pétersbourg, mais déjà en 1910, Clara Zetkin en ébauchait l’idée. Cette date s’impose comme un repère, rappelant le chemin parcouru depuis la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d’Olympe de Gouges en 1791 jusqu’aux textes internationaux d’aujourd’hui.

La Déclaration universelle des droits de l’homme pose l’égalité des genres comme principe, renforcé en 1979 avec la CEDAW, qui s’attaque à toutes les formes de discrimination envers les femmes. Voici quelques repères marquants de cette progression mondiale :

  • En 1893, la Nouvelle-Zélande ouvre le droit de vote aux femmes, montrant la voie à d’autres nations.
  • En France, la loi sur la parité, la légalisation de la contraception et de l’avortement jalonnent des étapes structurantes.

Pour autant, la réalité ne s’aligne pas toujours sur les textes. L’égalité femmes-hommes s’affiche dans les lois mais bute sur de solides résistances. Les avancées législatives n’effacent pas les fractures sociales et les disparités économiques. La Journée internationale sert, chaque année, de baromètre et d’alerte. Elle rappelle la continuité des luttes portées par des figures comme Anne-Sarah Moalic ou Yvette Roudy : les droits des femmes s’écrivent à la fois dans l’histoire et dans une actualité à surveiller de près.

Des avancées majeures, mais des inégalités persistantes

Les progrès sont là. En matière de droits professionnels, de parité politique ou de libertés sexuelles et reproductives, la France a multiplié les textes. La loi sur la parité de 2000, les droits à la contraception et à l’avortement jalonnent le parcours. Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire. Sur l’ensemble d’une carrière, les femmes perçoivent encore en moyenne 22 % de moins que les hommes. En Belgique, l’écart salarial à poste équivalent est de 9,2 % (chiffres 2021, IEFH).

Dans les sphères de pouvoir, la sous-représentation féminine reste la règle : peu de femmes aux postes de direction, que ce soit en politique, dans l’économie ou la recherche. À la maison, la répartition des tâches demeure inégale : en 2015, les femmes belges consacraient huit heures de plus que les hommes chaque semaine aux tâches domestiques. À l’échelle mondiale, près d’une femme sur deux n’a pas la maîtrise de son corps (étude ONU, 2021).

Les violences sexistes et sexuelles frappent toujours. En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son partenaire. Chaque année, 220 000 femmes y subissent des violences. La discrimination s’exporte : en Inde, en Afghanistan, des droits fondamentaux sont piétinés, l’accès à l’éducation ou au travail entravé. Même là où la loi protège, la société oppose encore ses freins, alimentés par les stéréotypes de genre et l’indifférence face aux inégalités.

Quels sont les combats actuels pour l’égalité réelle ?

L’irruption du mouvement Metoo a déplacé les lignes. Désormais, le débat public et politique s’empare des violences sexuelles et sexistes. La parole se libère, la quête de justice s’impose, les mécanismes d’impunité sont remis en question. Mais rien n’est acquis : la route passe par un renforcement de l’accompagnement, de la protection et de l’application concrète des lois.

L’égalité ne se proclame pas. Elle se construit dans la vie professionnelle, politique, sociale, face à des obstacles tenaces : sous-représentation des femmes dans les hautes fonctions, déséquilibre dans les filières scientifiques, précarité persistante. Les avancées législatives réclament des outils pour mesurer l’impact et ajuster le cap. La France a inscrit le droit à l’avortement dans sa Constitution en 2024. Mais ailleurs, ces droits reculent.

Voici les principaux chantiers qui concentrent l’énergie des associations, des institutions et des citoyens :

  • Réduire l’écart salarial et soutenir les parcours professionnels des femmes.
  • Garantir un accès réel à la santé et à la justice pour toutes les victimes.
  • Combattre les stéréotypes de genre dès le plus jeune âge, notamment à l’école.
  • Assurer une représentation équitable dans toutes les instances de décision.

La mobilisation collective s’avère déterminante. Entre plans nationaux, actions associatives et initiatives internationales, la riposte s’organise. Mais chaque avancée reste à défendre, soumise à la dynamique politique et à l’implication de la société civile.

Jeune femme en réunion écrivant dans un carnet

S’engager concrètement : comment chacun peut soutenir les droits des femmes

Agir pour les droits des femmes ne se limite plus à l’intention. Cela se traduit, sur le terrain, par des gestes, des choix, des engagements concrets, souvent au ras du quotidien. Les associations sont à la manœuvre : l’Association Mémé Marcelle, grâce à Delphine Dubreuil, met en place des ateliers pour soutenir les femmes victimes de violences psychologiques. Ikambere accompagne celles touchées par le VIH ; Social Builder ouvre la voie à plus d’inclusion dans le numérique, secteur encore largement masculin.

Contre les violences sexistes et sexuelles, des collectifs comme Nous Toutes forment et sensibilisent, tandis que Stand-Up intervient directement dans la lutte contre le harcèlement sexuel, notamment dans les espaces publics. L’initiative StOpE, portée par l’AFMD, mobilise les entreprises contre le sexisme ordinaire. Car l’égalité professionnelle se joue aussi dans les pratiques de tous les jours.

L’accès à la santé et à la dignité n’est pas en reste. Règles Élémentaires organise des collectes de produits d’hygiène à destination des femmes en situation de précarité. Arcé Avenir Femmes aide à l’insertion professionnelle des femmes de plus de 45 ans, une période souvent synonyme de vulnérabilité accrue. Les entreprises participent : Komeet accompagne l’engagement autour de l’égalité, tandis que l’agence Kalliopé, composée uniquement de femmes, affirme l’expertise féminine dans la traduction.

Voici quelques façons concrètes de s’impliquer, individuellement ou collectivement :

  • Mettre ses compétences au service d’un collectif local.
  • Relayer les campagnes de sensibilisation et s’y engager activement.
  • Apporter un soutien financier ou du temps bénévole.

Au fil des initiatives, l’égalité femmes-hommes gagne du terrain, portée par celles et ceux qui, chaque jour, refusent de considérer les droits des femmes comme acquis. Ce combat, multiple et quotidien, façonne une société où plus personne n’a à choisir entre liberté, dignité et avenir.

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