Parents : comment leur faire comprendre que je ne vais pas bien ?

Dire à ses parents que l’on ne va pas bien, ce n’est pas simplement pousser une porte fermée. C’est tenter de faire entendre une voix qui tremble dans le brouhaha d’une maison, d’une famille, du quotidien. Trop souvent, cette parole reste coincée, faute de trouver l’espace ou les mots. Pour beaucoup, parler de santé mentale en famille relève du parcours du combattant. Pourtant, il existe des repères, des gestes, des pistes pour amorcer ce dialogue. Les voici, sans détour.

Reconnaître ses émotions : un premier pas vers la compréhension

Mettre un nom sur ce qui bouleverse, c’est déjà avancer. Chez l’enfant ou l’adolescent, la difficulté à identifier et à partager ses émotions s’impose comme une barrière. Tristesse, colère, peur, culpabilité : tout se mélange, ce qui rend la souffrance difficile à exprimer. On le voit à travers une crise de colère qui éclate sans prévenir, ou alors une distance soudaine et le silence prolongé. L’irritabilité et les changements de comportement trahissent aussi ce qui ne se dit pas.

La santé mentale continue de rimer avec silence, bien trop tôt dans la vie. La dépression traverse tout le cercle familial, adultes comme enfants. Mais ses signes se cachent souvent derrière des réveils nocturnes, la perte du goût de manger, des résultats scolaires qui chutent, ou encore un besoin de se refermer sur soi. Parfois, un enfant en vient même à penser qu’il porte la responsabilité du mal-être d’un parent,et cela le mine, jusqu’à l’épuisement, enfermé dans une culpabilité collante et persistante.

Voici en quoi favoriser l’expression des émotions change l’ambiance et permet d’avancer :

  • Exprimer ce qu’on traverse réduit la sensation d’être seul et aide à diminuer l’anxiété.
  • Donner aux enfants des explications claires sur la dépression, axées sur leur âge, rend ce bouleversement plus compréhensible et moins effrayant.

Retenir sa colère ou sa tristesse ne fait qu’alimenter la pression intérieure. Accueillir ce tourbillon d’émotions permet de relâcher la pression, pour soi comme pour les autres. Les parents ne sont pas moins aimants lorsqu’ils vacillent entre culpabilité et irritation. Trouver le courage de nommer ce qui coince, même maladroitement, c’est déjà commencer à sortir de l’ombre et à envisager de vrais échanges.

Pourquoi est-il si difficile d’en parler à ses parents ?

Oser nommer sa détresse devant ses parents équivaut à marcher sur un fil, la crainte de décevoir, d’être incompris ou d’ajouter du chagrin à la maison pèse lourd. Les sujets glissent sous la moquette, l’espace manque pour ouvrir la parole. Même dans les familles attentives, la santé mentale reste un territoire délicat.

La culpabilité, elle, s’invite sans prévenir. Beaucoup redoutent d’alourdir un parent déjà fragile, ou s’imaginent la cause du climat pesant à la maison. Ce sentiment d’avoir tort d’exister freine la demande d’aide, pousse certains à s’effacer, persuadés que rien ne percera le mur du silence parental.

Pourtant, la communication, même troublée, lie l’ensemble du foyer. Les mots manquent souvent, ou alors on redoute de blesser l’autre. Mais affirmer à un enfant que toutes les émotions sont légitimes, réaffirmer l’amour familial malgré les tempêtes, allège déjà l’atmosphère d’un poids invisible.

Voici ce qui rend le dialogue si complexe à ouvrir :

  • La peur d’être jugé, ou que personne n’écoute, muselle la parole.
  • Le manque d’informations sur la dépression ou l’anxiété rend la discussion floue et stérile.
  • Les parents aussi se sentent parfois dépassés, impuissants devant la souffrance de leur enfant.

Le foyer a beau offrir une carapace, il concentre aussi son lot de tensions. Trouver une brèche pour dire sa douleur, c’est s’exposer un instant, et risquer de bousculer la routine des liens familiaux.

Des pistes concrètes pour ouvrir le dialogue en famille

Confier son état aux parents n’a rien de spontané. Pour déverrouiller la parole, il est utile de choisir son moment, chercher la simplicité : un « Je ne vais pas bien » glissé au détour d’une action banale peut tout changer. Loin des leçons ou des mots trop lourds, souvent, c’est dans l’entre-deux, face au va-et-vient de la maison, qu’on se sent prêt à tenter le pas.

Faire appel à des ressources extérieures aide parfois à sortir de l’impasse : trouver un interlocuteur neutre, accéder à une oreille nouvelle, cela permet de poser des mots sans se sentir jugé. Les médecins, psychologues, professionnels de la santé peuvent accueillir cette demande, amorcer l’accompagnement et aider à trouver le bon ton pour engager la discussion.

Voici quelques points d’appui pour tisser un dialogue plus solide à la maison :

  • Maintenir une routine rassurante (repas partagés, petits rituels, moments réguliers ensemble) offre un cadre sécurisant qui facilite l’échange.
  • Proposer une formation PSSM (premiers secours en santé mentale), comme celles accessibles en France, donne aux proches des outils concrets pour comprendre et agir face à la détresse des adolescents.
  • Penser à une consultation partagée avec un spécialiste,qu’il s’agisse d’un psychologue, psychiatre ou médecin généraliste,peut aussi ouvrir la voie à des pistes inattendues.

Le soutien familial change la donne. Un parent qui perd pied ne renonce pas à son enfant ; il peut lui aussi s’appuyer sur d’autres adultes ou solliciter un professionnel, y compris dans un service hospitalier spécialisé. Explorer ces espaces, c’est commencer à dénouer le blocage de l’isolement.

Jeune homme en tension avec ses parents dans la cuisine familiale

Quand la communication bloque : que faire si vos parents ne comprennent pas ?

Même en tentant tout, il arrive que le message ne passe pas. Fatigue, préoccupations ou craintes des parents barrent parfois l’accès à toute écoute. Le silence persiste, renforçant l’impression d’avancer dans le vide.

Dans ce cas, s’appuyer sur d’autres relais devient vital. Un adulte bienveillant,membre de la famille élargie, enseignant, infirmière scolaire,peut faire entendre cette voix là où elle s’étouffe chez soi. Prendre rendez-vous avec un psychologue ou contacter un service de pédopsychiatrie, tel que celui de l’hôpital Robert-Debré, peut également offrir un espace neutre de médiation, loin de la routine familiale.

Voici plusieurs alternatives pour tenter d’ouvrir une nouvelle voie :

  • Solliciter un proche sensibilisé aux questions de santé mentale, capable de porter la parole auprès des parents.
  • Se tourner vers une personne extérieure de confiance,médecin généraliste, adulte de l’entourage,pour faire émerger le sujet autrement.
  • Consulter directement un professionnel qui saura orienter vers les dispositifs adaptés et aider à traverser cette période.

L’intervention de professionnels,psychologues, psychiatres, éducateurs spécialisés,permet de poser un diagnostic, lever le voile sur les tabous, et replacer le soutien au cœur des priorités familiales. Une écoute bienveillante, parfois lente, toujours patiente, peut construire des ponts là où les mots étaient restés coincés. Chaque pas, chaque tentative pour sortir de l’impasse, rapproche un peu plus de l’étincelle qui ranime l’espoir.

Choix de la rédaction